AC / PD interview-minute

AC Bonjour Philippe, c’est d’abord ton poème qui a déterminé, sinon la thématique de ce premier numéro (en a-t-il vraiment une ?), du moins de le placer sous le patronage d’Archiloque.

PD Le dieu tutélaire ! En réalité, c’est presque un poème à quatre mains, puisque Claude, d’une certaine manière, y a participé (le poème en porte la marque !). C’est un travail collectif. Je suis très heureux de découvrir aujourd’hui sa traduction, brillante à mon sens, du fragment à partir duquel ce poème a été conçu.

AC Tu peux nous en dire un peu plus ?

PD C’est Claude qui m’a fait découvrir Archiloque. Je connaissais un peu Alcée, un peu Sappho, Homère, Hésiode. Je veux dire, pour les anciens. Dès que je l’ai lu et que je suis tombé sur ces vers extraits des Trimètres, j’ai été frappé, par cette image, l’île, l’échine d’âne, cette comparaison. Je marche beaucoup, un peu comme Kant, je crois (je ne sais pas si cela participait à l’écriture de ses livres). Là où je vis, il y a des collines, des ânes aussi (c’est la campagne, on en voit de plus en plus !). Tout cet hiver, en marchant, je regardais les collines tristes, avec leurs arbres nus, dépenaillés, et il m’était impossible de ne pas songer à cette image, elle se rappelait à moi tout le temps (c’est ce qu’on dit de la Sainte-Victoire et de Cézanne, on ne peut penser à l’un sans penser à l’autre). Alors j’ai écrit ce poème, un peu en marchant d’ailleurs. Un poème-souffle, comme dit Claude.

AC Tu veux rajouter quelque chose à ce mini interview ?

PD Oui, c’est une parole soufi, je crois. Elle dit que le seul respect que nous pouvons avoir pour les anciens, c’est d’ouvrir leurs tombes et de dépoussiérer leurs os. À ce sujet, la traduction que vient d’effectuer Claude me semble des plus respectueuses.