la chanson du frère mort (traduction)

Mère de neuf fils et d’une seule fille,
L’unique et adorée, et ton enfant chérie ;
Douze ans tu l’as gardée sans que le soleil même ne l’ait aperçue ;
La baignant dans l’obscurité, la coiffant à la nuit noire ;
À l’astre du matin, aux premières lueurs, lui tressant les cheveux. [05]
Des marieurs arrivèrent depuis la Babylone,
Afin d’emmener Aréti très loin à l’étranger.
Huit des frères refusent, mais Constantin le veut :
« Mère, envoyons-la, envoyons Aréti à l’étranger,
À l’étranger où je voyage, à l’étranger où je m’en vais, [10]
Afin que moi-même, là-bas, je ne demeure ni seul ni étranger.
— Aussi avisé que tu sois, Constantin, tu as mal plaidé ta cause :
Et si la mort advient, mon fils, ou s’il advient la maladie,
En cas de malheur ou de joie, qui ira la chercher ?
— Je prends le Ciel pour juge et témoins tous les saints : [15]
Si la mort advient, ou s’il advient la maladie,
Malheur ou joie, que ce soit moi qui te l’amène. »
Et quand ils eurent marié Aréti à l’étranger,
Advint l’année stérile et les mois enragés,
Et s’abattit la mort, et tous les neuf périrent, [20]
Laissant la mère plus seule qu’un roseau dans la plaine.
Sur toutes les tombes elle pleurait, elle se lamentait sur toutes,
Mais sur celle de Constantin elle allait, s’arrachant les cheveux :
« Soit maudit, Constantin, et dix-mille fois,
Toi, par qui Aréti a été exilée ! [25]
La promesse que tu m’as faite, quand la tiendras-tu ?
Tu as pris le Ciel pour juge et les saints à témoins
Que, s’il advenait malheur ou joie, tu irais la chercher. »
Par la malédiction et la puissante imprécation,
La terre s’ébranla et Constantin sortit. [30]
D’un nuage il fait un cheval, d’une étoile sa bride,
Accompagné de lune, il s’en va la chercher.
Il avale les monts et les vallées,
Et la trouve qui se peigne au clair de lune,
De loin il la salue et s’approchant lui dit : [35]
« Allons, ma sœur, partons retrouver notre mère.
— Hélas, mon petit frère, que se passe-t-il donc ?
Si c’est pour une joie, il faut que je me pare,
Ou si c’est un malheur, dis-le, que je mette du noir.
— À la maison, Aréti, n’importe comment que tu sois ! » [40]
Alors, s’abaisse sa monture et derrière il l’assoit.
Sur la route gazouillaient de petits oiseaux,
Mais ce n’était ni comme oiseaux, ni même comme hirondelles,
Seulement, gazouillant, ils disaient d’une voix toute humaine :
« Qui donc a jamais vu une belle emportée par un mort ? [45]
— Entends-tu, Constantin, ce que disent les petits oiseaux ?
— Laisse les oiseaux gazouiller, laisse les oiseaux dire. »
Plus loin, tandis qu’ils continuaient, d’autres oiseaux leur disent :
« N’est-ce pas péché et grand mal, et très extraordinaire,
Que les vivants cheminent avec les morts ! [50]
— Entends-tu, Constantin, ce que disent les petits oiseaux ?
Que les vivants cheminent avec les morts.
— C’est avril et ils chantent, en mai ils nicheront !
— Tu me fais peur, mon frère, et puis tu sens l’encens.
— Hier soir nous avons été à l’église Saint-Jean, [55]
Où le pope pour nous a brûlé trop d’encens. »
Et poursuivant leur route, en voici d’autres qui disent :
« Voyez l’incroyable miracle en ce monde,
Pareille belle fille emportée par un mort ! »
Aréti de nouveau a entendu, et son cœur est navré. [60]
« Entends-tu, Constantin, ce que disent les petits oiseaux ?
— Aréti, laisse les oiseaux dire ce qu’ils veulent.
— Dis-moi, où est ta beauté, et où ta vaillance,
Et ta blonde chevelure et ta jolie moustache ?
— La maladie m’a pris il y a longtemps et mes cheveux tombés. » [65]
À cet endroit, près de l’église, ils arrivent.
Il éperonne son cheval et aussitôt disparaît.
Elle entend la dalle gronder, la terre murmurer.
Alors Aréti se met en route et gagne la maison seule.
Elle voit ses jardins à l’abandon, les arbres flétris, [70]
Elle voit le millepertuis desséché, le giroflier noirci,
Elle voit l’entrée toute envahie d’herbes folles.
Elle trouve la porte close, les clefs retirées,
Et les fenêtres de la maison solidement barricadées.
Elle frappe si fort à la porte que les fenêtres tremblent. [75]
« Si tu viens en ami, entre, ou sinon déguerpis,
Et si tu es la Mort amère, je n’ai pas d’autres enfants,
Car ma pauvre Aréti est absente, qui est loin à l’étranger.
— Lève-toi, maman, ouvre, lève-toi chère mère.
— Qui donc frappe à la porte et qui m’appelle mère ? [80]
— Ouvre, ma mère, ouvre, c’est moi, ton Aréti. »
La mère descendit, elles s’embrassèrent et toutes deux moururent.

FIN

*

La Chanson du frère mort (Το Τραγούδι του νεκρού αδελφού) est certainement le chant populaire le plus célèbre en Grèce, et vraisemblablement à l’étranger. Dans un article paru en 1985, l’ethnologue Margarita Xanthakou recensait pas moins de quarante-et-une versions, dont trente-six en langue hellénique et cinq autres dans diverses langues balkaniques (bulgare, serbe et albanais). Dans le même article, celle-ci indiquait encore : « Cette légende a des origines fort anciennes, au moins par son thème. Certains laographes grecs voudraient dater sa version chantée maniote — selon eux, la première — du VIIIe siècle de notre ère (avant, donc, la christianisation du Magne effectuée au IXe siècle). Il semble qu’elle ait inspiré certaines œuvres de la littérature écrite. Ainsi par exemple La ballade de Lenore du préromantique allemand Gottfried Burger… Ce qui, soit dit en passant, pose le problème […] de son aire d’extension en tant que chant ou récit populaire de transmission orale, puisque l’auteur précité puisait expressément ses thèmes dans le stock des traditions de son pays. »

Cette Ballade de Lénore, Gérard de Nerval lui-même la fit passer dans la langue française, avec le wagon romantique qu’il ramena d’Allemagne. Certes, il existe une différence, et non des moindres, entre Lénore et La Chanson du frère mort, tenant au statut du personnage masculin (frère d’un côté, époux de l’autre) mais, au-delà de cet aspect, les deux poèmes (ou légendes) participent l’un et l’autre d’une configuration identique et très ancienne, celle de « la jeune fille et la mort ». La relation n’est d’ailleurs pas duelle, si l’on considère le rôle capital que joue la mère dans La Chanson du frère mort ; et Georges Spyridakis y voyait une survivance du mythe de Déméter et de Korè (que Margarita Xanthakou, dans son article, associe à « La Malmariée » [On raconte en Laconie…]).

Pour notre traduction, nous avons tenté de nous tenir au plus près du texte grec, de sa simplicité notamment, sans toutefois produire un mot à mot. Nous avons quelquefois légèrement « forcé » le texte quand cela nous semblait nécessaire pour sa bonne compréhension.

Deux vers se sont montrés problématiques à nos yeux. Nous donnons là notre cheminement.

Le premier est le n° 33 : Παίρνει τα όρη πίσω του και τα βουνά μπροστά του ; c’est-à-dire, littéralement : Il prend les monts derrière lui et les montagnes devant lui. C’est une formule qui désigne un personnage se déplaçant à grande vitesse (type « bottes de sept lieux »). Dans un premier temps, nous nous étions rangés à la solution proposée par Jean-Luc Leclanche dans sa version reconstruite (N. Politis), laquelle use d’une expression courante : Il va par monts et par vaux (« Aréti ou le frère mort », Anthologie des chansons populaires grecques, Paris, Gallimard, 1967). Toutefois, l’idée de vitesse en est totalement absente et s’y ajoute malencontreusement celle d’errance ou de vagabondage qui ne se retrouve pas dans la formule grecque, le personnage sachant de façon précise où il doit se rendre et son mode de déplacement ressemblant davantage au chemin le plus court entre deux points. Nous avons donc opté pour : Il avale les monts et les vallées, qui nous paraît le mieux traduire cet aspect de vitesse et le merveilleux qui y est attaché (en conservant malgré tout un souvenir de la traduction de Leclanche).

La seconde difficulté se situe au vers 67 (absent cette fois de la version reconstruite) : Βαριά χτυπά τ’ αλόγου του κι απ’ εμπροστά της χάθη. Littéralement : Il frappe lourdement (ou pesamment) [le, la ?] de son cheval et disparaît devant elle. Le génitif τ’ [του] αλόγου exprime bien qu’il frappe une partie quelconque du cheval (sa croupe ? ses flancs ? etc.) mais cette partie est omise, et donc le sens incertain. L’adverbe βαριά, « gros, intensément, gravement, grièvement, profondément, péniblement, lourdement, pesamment (Pandélodimos/Kaïtéris) » pose déjà problème. Si nous rappelons le fait que ni le cavalier ni sa monture ne sont réels, effectifs — cette dernière étant même un assemblage de nuage et d’étoile — une hypothèse pourrait être que ce coup porté (au cheval, sur l’une de ses parties) fonctionne à la façon d’un signal magique analogue, par exemple, à un claquement de doigt, mettant fin au charme et les faisant aussitôt tous deux s’évanouir. « Pesamment » ou « lourdement » pourrait apparaître comme l’effet d’une caisse de résonance dont l’image ne serait pas tant éloignée de celle du tombeau, horizon et séjour à nouveau du frère mort, puisqu’on le découvre au vers suivant (68) : Κι ακούει την πλάκα και βροντά, το χώμα και βοΐζει (Elle entend la dalle gronder, la terre murmurer) — en écho à la « résurrection » du vers 30 : Η γης αναταράχτηκε κι ο Κωσταντής εβγήκε (La terre s’ébranla et Constantin sortit).

Une autre hypothèse de traduction pourrait se constituer par comparaison. Dans l’édition de Fauriel, qui est la première édition de chants populaires grecs (1824-1825), nous ne trouvons aucune version de la Chanson du frère mort (pas plus que dans l’édition du comte Marcellus, 1860), mais un court récit intitulé La jeune fille et Charon, lequel récit entretient quelques traits communs avec la chanson qui nous occupe ici, notamment ces deux vers : Κλωτσιά βαρεῖ τοῦ μαύρου του, ΄σ τὴν ἐκκλησιὰν πηγαίνει. / βρίσκει τὸν πρωτομάστορην ‘ποῦ κάμνει τὸ μνημοῦρι., traduits par Fauriel : Il frappe du pied son moreau [cheval noir], s’en va devers l’église, / — et trouve le maître maçon qui fait un tombeau. Si nous observons maintenant les vers 66 à 68 de la Chanson du frère mort (Αυτού σιμά, αυτού κοντά στην εκκλησιά πρoφτάνoυν. / Βαριά χτυπά τ’ αλόγου του κι απ’ εμπροστά της χάθη. / Κι ακούει την πλάκα και βροντά, το χώμα και βοΐζει., traduits par nous : À cet endroit, près de l’église, ils arrivent. / Il frappe lourdement (ou pesamment) [le, la ?] de son cheval et disparaît devant elle. [littéral] / Elle entend la dalle gronder, la terre murmurer.), nous pouvons relever plusieurs similitudes : la présence de l’église, du cimetière (la dalle, la tombe) et du cheval que, dans l’un et l’autre cas, un personnage nommé Constantin (frère ou fiancé, selon), frappe.

Comment frappe-t-on un cheval ? On peut le fouetter, le battre, le cravacher, le cingler, lui donner une grande claque sur la croupe, etc., mais aussi l’éperonner, fouailler ses flancs à talons nus ou munis d’éperons. Κλωτσιά βαρεῖ, que Fauriel traduit : il frappe du pied, se rend littéralement par : il frappe un coup de pied ou, encore, ce que nous pouvons déduire : il éperonne (cette dernière action, aiguillonnant le cheval, rendant encore l’idée d’un départ rapide, immédiat, instantané).

De ces rapprochements, nous pouvons donc proposer : Βαριά χτυπά τ’ αλόγου του κι απ’ εμπροστά της χάθη. / Il éperonne profondément [les flancs de] son cheval et disparaît devant elle.

Se réduisant finalement à : Il éperonne son cheval et aussitôt disparaît.

*

Xanthakou Margarita, Le voyage du frère mort ou le mariage qui tue. In : Études rurales, n°97-98, 1985. L’ethnographie / Grèce. pp. 153-189

http://www.persee.fr/doc/rural_0014-2182_1985_num_97_1_3068

« La Malmariée », in : On raconte en Laconie… Contes populaires grecs du Magne, recueillis, traduits du grec et présentés par Margarita Xanthakou, Arles, Actes Sud, 2007.

*

La version de La Chanson du frère mort utilisée par nous n’étant pas précisément référencée, nous donnons ici le texte original.

Μάνα με τους εννιά σου γιους και με τη μια σου κόρη,
Την κόρη τη μονάκριβη την πολυαγαπημένη,
Την είχες δώδεκα χρονώ κι ήλιος δε σου την είδε.
Στα σκοτεινά την έλουζε, στ’ άφεγγα τη χτενίζει,
Στ’ άστρι και τον αυγερινό έπλεκε τα μαλλιά της. [05]
Προξενητάδες ήρθανε από τη Βαβυλώνα,
Να πάρουνε την Αρετή πολύ μακριά στα ξένα.
Οι οχτώ αδερφοί δε θέλουνε κι ο Κωσταντίνος θέλει :
« Μάνα μου, κι ας τη δώσομε την Αρετή στα ξένα,
Στα ξένα κει που περπατώ, στα ξένα που πηγαίνω, [10]
Αν πάμ’ εμείς στην ξενιτιά, ξένοι να μην περνούμε.
— Φρόνιμος είσαι, Κωσταντή, μ’ άσκημα απιλογήθης.
Κι α μόρτει, γιε μου, θάνατος, κι α μόρτει, γιε μου, αρρώστια,
Κι αν τύχει πίκρα γή χαρά, ποιος πάει να μου τη φέρει;
— Βάλλω τον ουρανό κριτή και τους αγιούς μαρτύρους, [15]
Αν τύχει κι έρτει θάνατος, αν τύχει κι έρτει αρρώστια,
Αν τύχει πίκρα γή χαρά, εγώ να σου τη φέρω. »
Και σαν την επαντρέψανε την Αρετή στα ξένα,
Κι εμπήκε χρόνος δίσεχτος και μήνες οργισμένοι
Κι έπεσε το θανατικό, κι οι εννιά αδερφοί πεθάναν, [20]
Βρέθηκε η μάνα μοναχή σαν καλαμιά στον κάμπο.
Σ’ όλα τα μνήματα έκλαιγε, σ’ όλα μοιρολογιόταν,
Στου Κωσταντίνου το μνημειό ανέσπα τα μαλλιά της.
« Ανάθεμά σε, Κωσταντή, και μυριανάθεμά σε,
Οπού μου την εξόριζες την Αρετή στα ξένα ! [25]
Το τάξιμο που μου ‘ταξες, πότε θα μου το κάμεις;
Τον ουρανό ‘βαλες κριτή και τους αγιούς μαρτύρους,
Αν τύχει πίκρα γή χαρά, να πας να μου τη φέρεις. »
Από το μυριανάθεμα και τη βαριά κατάρα,
Η γης αναταράχτηκε κι ο Κωσταντής εβγήκε. [30]
Κάνει το σύγνεφο άλογο και τ’ άστρο χαλινάρι,
Και το φεγγάρι συντροφιά και πάει να της τη φέρει.
Παίρνει τα όρη πίσω του και τα βουνά μπροστά του.
Βρίσκει την κι εχτενίζουνταν όξου στο φεγγαράκι.
Από μακριά τη χαιρετά κι από κοντά της λέγει : [35]
« Άιντε, αδερφή, να φύγομε, στη μάνα μας να πάμε.
— Αλίμονο, αδερφάκι μου, και τι είναι τούτη η ώρα;
Αν ίσως κι είναι για χαρά, να στολιστώ και να ‘ρθω,
Κι αν είναι πίκρα, πες μου το, να βάλω μαύρα να ‘ρθω.
— Έλα, Αρετή, στο σπίτι μας, κι ας είσαι όπως και αν είσαι. » [40]
Κοντολυγίζει τ’ άλογο και πίσω την καθίζει.
Στη στράτα που διαβαίνανε πουλάκια κιλαηδούσαν,
Δεν κιλαηδούσαν σαν πουλιά, μήτε σαν χελιδόνια,
Μόν’ κιλαηδούσαν κι έλεγαν ανθρωπινή ομιλία :
« Ποιος είδε κόρην όμορφη να σέρνει ο πεθαμένος ! [45]
— Άκουσες, Κωσταντίνε μου, τι λένε τα πουλάκια;
— Πουλάκια είναι κι ας κιλαηδούν, πουλάκια είναι κι ας λένε. »
Και παρεκεί που πάγαιναν κι άλλα πουλιά τούς λένε :
« Δεν είναι κρίμα κι άδικο, παράξενο μεγάλο,
Να περπατούν οι ζωντανοί με τους απεθαμένους ! [50]
— Άκουσες, Κωσταντίνε μου, τι λένε τα πουλάκια;
Πως περπατούν οι ζωντανοί με τους απεθαμένους.
— Απρίλης είναι και λαλούν και Μάης και φωλεύουν.
— Φοβούμαι σ’, αδερφάκι μου, και λιβανιές μυρίζεις.
— Εχτές βραδίς επήγαμε πέρα στον Αί-Γιάννη, [55]
Κι εθύμιασέ μας ο παπάς με περισσό λιβάνι. »
Και παρεμπρός που πήγανε, κι άλλα πουλιά τούς λένε :
« Για ιδές θάμα κι αντίθαμα που γίνεται στον κόσμο,
Τέτοια πανώρια λυγερή να σέρνει ο πεθαμένος ! »
Τ’ άκουσε πάλι η Αρετή κι εράγισε η καρδιά της. [60]
« Άκουσες, Κωσταντάκη μου, τι λένε τα πουλάκια;
— Άφησ’, Αρέτω, τα πουλιά κι ό,τι κι α θέλ’ ας λέγουν.
— Πες μου, πού είναι τα κάλλη σου, και πού είν’ η λεβεντιά σου,
Και τα ξανθά σου τα μαλλιά και τ’ όμορφο μουστάκι;
— Έχω καιρό π’ αρρώστησα και πέσαν τα μαλλιά μου. » [65]
Αυτού σιμά, αυτού κοντά στην εκκλησιά πρoφτάνoυν.
Βαριά χτυπά τ’ αλόγου του κι απ’ εμπροστά της χάθη.
Κι ακούει την πλάκα και βροντά, το χώμα και βοΐζει.
Κινάει και πάει η Αρετή στο σπίτι μοναχή της.
Βλέπει τους κήπους της γυμνούς, τα δέντρα μαραμένα, [70]
Βλέπει το μπάλσαμο ξερό, το καρυοφύλλι μαύρο,
Βλέπει μπροστά στην πόρτα της χορτάρια φυτρωμένα.
Βρίσκει την πόρτα σφαλιστή και τα κλειδιά παρμένα,
Και τα σπιτοπαράθυρα σφιχτά μανταλωμένα.
Κτυπά την πόρτα δυνατά, τα παραθύρια τρίζουν. [75]
« Αν είσαι φίλος διάβαινε, κι αν είσαι εχτρός μου φύγε,
Κι αν είσαι ο Πικροχάροντας, άλλα παιδιά δεν έχω,
Κι η δόλια η Αρετούλα μου λείπει μακριά στα ξένα.
— Σήκω, μανούλα μου, άνοιξε, σήκω, γλυκιά μου μάνα.
— Ποιος είν’ αυτός που μου χτυπάει και με φωνάζει μάνα; [80]
— Άνοιξε, μάνα μου, άνοιξε κι εγώ είμαι η Αρετή σου. »
Κατέβηκε, αγκαλιάστηκαν κι απέθαναν κι οι δύο.

Anonyme / Brice Jubelin / Maria Makri – LA CHANSON DU FRÈRE MORT / 2019 (Brice Jubelin – 2021 pour la présentation)

perséphone suite (II)

[XIV]

La cime d’un nuage, — la courbe verte du Soleil, — l’éclat délicat des pierres dans l’eau, — l’angle dépoli de mon cœur — le silence qui se lève et descend — sinon par l’obscur désir, — le grain de ta peau, — tes lèvres — l’ardeur fraîche du matin, l’équation ou la courbe sinusoïdale du rêve — insondable, lorsque je tends mon bras vers ce qui n’est déjà plus toi — mais qui n’est pas encore moi-même.

POÈMES GRECS – 2015 / 2016