hypérion

[10 03 21]

Lu Hypérion ces derniers jours dans la très belle traduction de Jaccottet.

Koroni — le nom se retrouve sous la plume d’Hölderlin comme une abstraction. Et Mystra. J’y ai connu chaque pierre, chaque touffe d’herbe, chaque nuage. Cette heure où l’air même devient odorant — l’odeur de la chaleur.

Vénitiens et Francs.

Ce caractère composite et factice, qui en fait une œuvre scintillante — comparable en cela à Paul et Virginie, ou Aucassin

Cette naïveté splendide du cœur. Elle-même factice, mais qui pourtant nous touche l’âme, et fait naître en nous un désir identique de simplicité et de beauté.

Cette naïveté et cette fraîcheur sont celles des grands mythes à leur orée (ce que l’on pourrait nommer leur « orée », je veux dire : leur fixation dans la langue écrite) — laquelle nous semble toujours une aurore, quand bien même s’agirait-il de vagues atteignant au rivage après avoir franchi des océans.

CAHIER DES PROBLÈMES II – 2021

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Sur l’image.

En elle, réside quelque chose d’une force d’évocation. En elle, s’exprime le langage ; mais au sens spécifique où s’exprime un citron. En elle, l’irruption du merveilleux, la force d’un sentiment magique condensé en une formule. Comme pour la réalisation du vœu, l’évocation façonne la chose ou, plutôt, la fait advenir ― non pas seulement désignée, mais nommée et revenue au jour ― à la lumière limpide. L’image nous parle de cela ― des premiers temps de l’être, de ce saisissement qui nous étreint dans sa contemplation : « un éveil silencieux de son visage, crépusculaire et délicat comme la mer sous les premières touches de l’aube ».

Image unitaire du monde, de sa beauté, l’image poétique est toujours, à travers elle, ― cette unité, cette beauté, ― réminiscence de l’origine. En ce sens, elle est intuition ― promesse originaire d’une aube. Car, en effet, elle est d’emblée placée sous le signe de la promesse, de ce qui doit advenir. Mais cette advenue n’est rien que la répétition intime d’un mouvement originel et, l’origine elle-même, une promesse.

Cet « il était une fois » n’est rien d’autre que l’« il était une fois » de la première fois, et c’est ainsi qu’il nous faut l’entendre ― à chaque fois, ― jusqu’à la fin.

« Un chant, tel est le langage des dieux qui sont en dehors du temps terrestre, le langage du premier et du dernier homme. »

CAHIER DES PROBLÈMES – 2004 / 2010