poésie sans recueil (3)

Tout prend une figure étrange

Tout s’émacie dans cette lumière

Tout vibre

Tout s’éclaircit à la pointe extrême de ce deuil

Tout prend l’autorité que revêt la chose muette

Tout s’embrase

·

Devant le cercueil de nos ambitions, de nos désirs, de nos espérances

une veilleuse

allumée

·

herbe extase tronc soleil

·

La nuit

comme une femme

opulente et nue

Quel est

son secret ?

·

Nous avons achevé notre grand voyage

Nous l’avons rendu inutile

Nous l’avons désagrégé

Nous restons là

avec des bouts du véhicule

entre les mains

ne sachant où aller

Prisonniers de nous-mêmes

Notre

impossibilité

POÉSIE SANS RECUEIL – 2021

garibaldi

synopsis

le dix-huit février deux mille neuf vers onze heures trente un cheval de la garde républicaine répondant au doux nom de garibaldi s’effraye jette son cavalier à terre et se lance dans une course de plusieurs kilomètres à travers paris étonné

*

cheval trajet parisien

Un cheval. Il court. Seul, sans cavalier. Depuis l’avenue Marigny et l’avenue Gabriel. Il court jusqu’à Concorde, dévie et prend les quais, avalant d’abord les Tuileries puis François Mitterrand. Il tourne à hauteur de l’Hôtel de Ville et s’engage dans Rivoli à contresens, galopant sans souci des véhicules, des piétons ou des feux, ni même de la force publique à laquelle pourtant il appartient — et achève sa course à l’angle de Saint-Antoine et de la rue Saint-Paul.

*

garibaldi


je rêve à ce cheval échappé dans paris à cette masse folle lancée dans l’entreprise la plus poétique qui soit
il est à la fois la métaphore et le réel
dans ce crépuscule imbécile dont nous avons pétri nos vies ce grésil peut-être autant que s’y superpose
le centaure de lonely are the brave
peut-il y avoir d’autre image encore
d’un éden perdu sauvage
et mystérieux

*

réfléchissant

la peau entre les soleils et deux doigts posés sur la nuque fléchis où demeure le reste l’étendue vaste à l’horizon

·

ce mouvement du rêve par lequel

ce mouvement du rêve par lequel le rêve présente lui-même un miroir lac mais comment sortir de ce labyrinthe

·

dix-huit zéro deux deux mille neuf

cheval échappé à l’angle alors d’un tel deux trois pour autant contraire et galope les sangles trottoirs peu avant dévie

·

l’étoffe du matin

l’étoffe du matin livide et fraîche l’absence de sommeil l’attente vers où sinon une clarté radieuse cet épuisement intérieur et la fatigue comme une seconde peau s’en dévêtir

·

puissance à l’autre poème

puissance à l’autre poème celui du cheval seul je m’absente de moi tout autant au spectacle duquel et rêve enfin à des statues équestres

·

l’effroi massif d’un cheval sa course muscle à muscle déliée sinon où

·

le rempart coupé de soleil

le rempart coupé de soleil haleine fraîche gorgée du sel des matins bruns

·

la ville gris perle

la ville gris perle dans sa robe bruyante brouillard fleuve clignotements ceinture dénouée

·

mythologie

je regarde ce masque dans lequel je reconnais l’impossible même à reconnaître je regarde ces mains posées sur le visage paumes ouvertes et non dos leur regard de statue
pourquoi se rappeler

·

noirs

les arbres noirs défilent dans paris dévoré d’ennui
arbre noir arbre noir arbre noir arbre noir s’intercalant à
quant à moi je songe au poème de keats tout pèse stupidement noir
et gris
paris avec sa seine noire arbres quais
tout terne ou sinon cet éclair

·

le visage impassible que nous offrent les faits

ce mutisme en réalité ou le visage impassible que nous offrent les faits
(

cela qu’il nous appartient d’élucider peut-être

·

dans l’aube silencieuse et secrète

se déporter et rêver
avec la nuit qui s’affaisse
dans l’aube silencieuse et secrète marchant vers nulle destination

·

les voici, les chevaux d’hermès les grands

la voix rouge qui part et atteint son objet qui la porte quel soleil étreint son ventre cette poussière d’or

les voici, les chevaux d’hermès les grands avec leurs os et leurs sabots de marbre leurs flancs lavés leurs têtes battant le silence

la voix rouge en pluie de mots s’enfonçant dans la terre DES DENTS

·

frange délimitée aux abords d’un royaume de sueur

frange délimitée aux abords d’un royaume de sueur l’effort qui étreint tout

*

promontoires sur une mer absente

promontoires sur une mer absente pierres à l’espérance ficelle crayons cheveux le désir aussi mais tellement abstrait qu’il ne désire rien
sinon lui-même

·

cette frange du rêve par où parvient l’insaisissable

cette frange du rêve par où parvient l’insaisissable (sinon et pourtant

·

la flamme muette d’un feu

la flamme muette d’un feu les ombres parées crissent ifs et langues l’obscurité boit à la lumière penchée je dors je m’éveille je sors le sommeil environne tout

·

la porte brève où je m’attarde

la porte brève où je m’attarde cette grève du sens
le cours mystérieux des nuages
puissance de la parole

une balle entre les yeux

·

attente

la nuit roulée sur elle-même comme la longue pelure d’un fruit ce sentiment de l’espace plus que du temps épluché dans l’inutile
ce grand pan noir ou plutôt cette épaisseur sa densité la somme infinie de ses substances
ni peut-être ni pourquoi

·

cette architecture d’air et de silence

cette architecture d’air
et de silence
volumes simples
espérer à la venue du jour

·

squelette

gabarits d’os forts contraints à d’hypothétiques
dépassement
et la séparation

GARIBALDI – 2021

cahier médée (2)

ta main et passe cette gangue bleue

étreint

étreinte

éteint

cette gangue

cette grande gangue éteinte

prise de nuit

prise

d’obscurité

éteinte dans la nuit éteinte

et teintée de sang

trempée

détrempée lavée à grande eau elle

jetée

un à un

fureur écartant les pans du monde

univers cosmos désaffecté

tournant autour de cet axe

syntaxe dé

réglée à ÊTRE

vieille question commune sous-entendant toujours pourquoi

les choses sont plutôt que n’être-

pas

et qui est en soi comme un faux

problème

fiction

cette nuit ensachée de ténèbres cette évidence crue

c’est-à-dire de chair apprêtée

au festin

toute

honte

bue

ressassée

une nuit

sans é

toiles

d’évidence

seule la seule

seule, là celle-là

elle

encerclée

ensorcelée de désir

SUPPLICE

corps désirant sans fin

esseulée de colère seule

sale ou

la

dans le ciel le seul esseulé soleil

ô ruban solaire / stellaire

aurais-je été tenté de dire

entortillant l’espace rayant

régn

ant rayonnant lu

mineux

et obscur lu

i-même

ruban

irradiant

radiant

radiance flèche verticale ou

de nudité

toi

NUE

cet esseulement nu dans le soleil silence

mer

côtes découpées

paysage de morgue

toi

ARROSÉE DE NUDITÉ

ARROSÉE DE SOLEIL

blanche

sous cette forme

croissant

décroissant cet angle

aigu, enfoncé jusqu’à la pointe

cette tête d’angle cette

feuille de laurier

cette

feuille de bronze dent

pénétrant

écumant de surface dépareillée

la prismatique surface dépareillée du dos de l’océan

surface

socle

somme angulaire de la taille d’un ongle

éclat

vivant creux du ciel

sombré à l’espace

RIEN

*

Théâtre du non-contradictoire.

Théâtre de la contrainte. L’enjeu des corps.

*

le petit moi du poète

le sable est sa figure

le sentiment de l’espace lui est

étranger

étrangeté de sable

l’impondérable sentiment de l’espace

étrange

dans sa figure

*

où irons-nous

nous qui croyons de ciel

de soleil  ?

l’impossession nous sera-t-elle offerte

telle

une délivrance ?

*

Le cinéma n’a pas besoin de dialogues, n’a pas besoin d’acteurs, peut-être même n’a-t-il pas besoin de plans. Cela seul : une image qui palpite.

Particules frappant les corps — créant un corps (le recréant) à partir de rien, sinon ce choc.

*

Médée, la mauvaise mère.

*

fille aux entrailles nues

brûlante(s)

médée

bouches seins yeux

barbares

médée

coiffée de ténèbres

à la gorge d’or

médée aux bras d’érèbe aux cui

sses fleuves

au sexe de nuit

ô

vierge visage vierge lavé dans le sang

baigné du

sang de son frère

la plus ancienne monstruosité

MEDEA NUIT

médée griffée de désir

haletant

mais la nuit la plus noire est pleine de clarté

sauvage

belle

iridescente

parmi les amas phosphoreux

*

Hol ywood — le chœur des producteurs. Une réunion de travail.

*

Dans cette solitude

non de la chose qui demande à être

mais de ce qui est.

*

Médée disruptive.

*

Lukács, L’âme et les formes.

*

Le visage de Sophia Loren (désir et lumière).

*

Politique. Titus et Bérénice.

*

Raconter le mythe de Médée l’étrangère.

3 textes.

*

Beauté, disons par réflexion.

Ces taches réfléchies : elles dansent sur le mur — (mais peut-on les qualifier d’ombres ?). Buée lumineuse, en fait.

Ou encore diffraction.

*

coques vides espérantes orbites

nues

parmi les grands pins

noires lignes feuilles

lancéolées des lauriers

parasols pa

naches

ombre dénudée jusqu’au jour

obscène

comme une femme qui entrouvre ses

cuisses et attend / proscrite

le silence est parfum

poche hématique et

subrepticement

du cœur à la flamme

et de la flamme au cœur / par retour

in(di)visible est l’air

et pourtant chargé d’atomes

invisible secret / mon cœur

ébarbé

loupe des jours sur l’océan grené

et la course du soleil / déclivité brune

à l’axe

déviant peu à peu

sombrant

se noyant

silencieusement tu t’endors et ton sein a

ce

mouvement

intermittent

il s’élève

il s’abaisse

il s’élève

il s’abaisse

comme saturne / comme

le vieux roi

pas de cours pour le mensonge

ici

je regarde ton sexe ensommeillé

ton ventre

ton front

cheveux épars

comparable à la verticale du jour

les astres

le silence des régions

l’intensité de sa course

ce qui se lève et parvient

dans l’inchaos du temps

vitre immatérielle

toute prête

À EXPLOSER

VOICI L’HEURE BARBARE

VOICI l’

ossuaire immense intrépide désert

D’ÊTRE

âge beauté

éclat

ajourant le ciel

VOICI

le singulier ORION

marchant à rebours dans l’éther

à cette nuit terrible

OÙ EXPIRENT LES ROIS

COMBIEN EST-ELLE

PARÉE DE BEAUTÉ

CETTE AURORE SPECTRALE

si jamais

nous y parvenons

cendres, orbites, œil, liens

dépareillés

*

Il n’y a plus de Médée

car nous autres humains sommes

démesurément petits

insectes existentiels

notre néant même

est

ridicule

Cette crinière de lune qui s’agite dans le ciel haute

l’urne perdue de Médée

Le soir

le firmament ressemble à un hymen rompu

voile resplendissant et déchiré du temple

au rideau d’un théâtre

Les flammes dansent

sur scène lèchent la base du rideau

s’endorment comme des sœurs

Je ne suis pas Médée

je ne suis même pas le metteur en scène de mon propre texte

non-écrit

On fait entrer des transsexuels

chacun(e)

veut être Médée

*

Lukács, le « saut irrationnel ».

*

Nu, nudité, dénuder. J’observe la fréquence de ces termes. Pourquoi Médée nue ?

Cette nudité-là n’a d’érotique que sa dimension paroxystique — autant que du désir : quelque chose d’insatisfait et dévorant, quelque chose d’impossible à satisfaire et cette insatisfaction est ce qui nourrit le désir sans fin. Insatiable Médée.

La mère ou l’amante dévorante l’est, littéralement.

Son image est la même, image sans désir d’une nudité de charnier. Cadavres empilés, morgue.

Le corps n’a que son poids, rien de ce qui l’habille.

Est-ce la première étape ?

À côté de cela, l’extraordinaire beauté de Médée — mais qui n’est pas une beauté physique.

Céleste, plutôt ?

Aussi n’est-elle pas la petite-fille du Soleil ?

Mais cette beauté est, elle-même, en elle-même, désir (autoérotisme ? érotomanie ?), délirant certes, ou désir porté jusqu’au délire. Sensualité maniaque ?

Cette sensualité donc, cette beauté, cette nudité — au fond, désir exaspéré — ne provoquent, en retour, qu’une extrême terreur : sorte d’angoisse castratrice.

C’est la Venus in furs, quoique vêtue seulement du bas-ventre.

Tout ce qu’il peut y avoir de terrifiant dans la féminité.

Une tête de Méduse.

« Dénuder » encore, comme se dénudent des tendons — s’écorchent. Cette beauté, cette nudité — inindépendantes l’une de l’autre, et l’une à l’autre mesurées — le sont de la façon la plus crue qui soit, c’est-à-dire : cruelle, sauvage, violente, irraisonnée. C’est, en quelque sorte, la Vérité — mais au sens où Heiner Müller en parle.

La seconde étape serait donc la nudité métaphysique et, en fait, celle-ci s’exprime peut-être pleinement dans la géométrie nue des objets (table, chaise — objets métaphysiques par excellence).

[Dimitris Papaioannou]

Chez Bruce Nauman, une chaise seule et quelques poutrelles d’acier suffisent non à citer la tragédie — ou définir, circonscrire un espace clairement « pathétique » — mais à lever des forces comparables à celles qui animent, innervent et excitent le sentiment tragique. Certes, il y a bien une lecture politique — disons, — de South America Circle (ou Triangle)— pour autant, c’est effectivement de notre propre condition d’êtres qu’il s’agit.

Non prioritairement, « primitivement » plutôt.

[À côté, la piètre chaise de Kosuth.]

Mais alors, à quoi bon souffler sur les braises puisque tout devient cendres ? Cela : l’extrême acuité de ce qui consume. Les Formes sont plus que des signes ou des idées, et les cantonner à ce rôle ne revient à rien qu’à se méprendre.

Le corps nu de Médée est davantage une force efficace qu’un symbole.

Pourquoi cette approche ?

Car il nous faut considérer Médée (le monde de Médée) comme une « orée » — un lointain où, là-bas, quelque chose se lève : ce qui doit advenir. C’est en cela que la nudité métaphysique dont j’ai parlé peut revêtir un sens. Dans ce monde, les objets n’en ont, justement, pas d’assignable. Une « chaise » peut être une chaise, ou une déesse, c’est selon. De là, cette prégnance de la métamorphose, de la prise de la métamorphose sur les êtres et les choses.

Dans ce monde, qui est aussi celui du pré- ou du proto-concept, l’irrationnel ne nous paraît tel seulement que par comparaison. Ainsi en est-il, également, de la cruauté — et la lionne dévorant ses petits ne s’en soucie guère, en effet.

Au bout du compte, si nous observons le mouvement général de la pièce, Médée est d’abord défaite de Jason, puis de ses enfants, et de cette robe enfin, seule possession qu’elle conservait de sa vie antérieure en Colchide. Mais cette nudité-là est purement restrictive, l’autre est plus profonde : c’est la nudité essentielle de tout ce qui se tient sous le soleil.

*

Grand-guignol. Lady Macbeth.

*

Apollonios de Rhodes, les femmes de Lemnos.

*

Le « saut irrationnel » considéré en tant que saut de Nijinski.

Ce franchissement qui est encore un arrêt puis, s’atteignant lui-même, se résorbe et s’achève. L’espace n’est ni limite ni mesure.

Seul, ce déploiement ou ce bond.

*

Le solipsisme et le non-moi.

*

Quelque chose dans la nuit s’arrache à la douleur,

— s’en extirpe —.

Quelque chose de la douleur.

Quelque douleur.

Une chose.

*

Image morbide aussi : le grand cadavre de l’Art.

*

Pourquoi tant d’images de mort, de cadavres, de profanation ? L’état de notre temps peut-être, cette odeur de pourrissement — ou, plutôt, de pourriture.

Aussi, son aspect grand-guignolesque.

CAHIER MÉDÉE – 2019

thèbes

les rêves nervurés par la pensée abstraite et s’offrant silencieux dans leur bain de clarté

·

le jour revenant seul étendant sa limite depuis lui vers l’exact où sourd-t-il impuissant

·

où la terre où le ciel où cette simple ligne augurale et secrète déliée dans le matin

·

ployant sa tige frêle à cette extrémité l’ascèse verticale thèbes aux portes d’ombre

·

qui dort en ce verger d’étranges sentiments nymphe à la parole devrons-nous mourir dans

·

ces champs ni asphodèles ni quiétude ou l’espace démarquant sa limite et consumé de feu

·

tout prend ici son seuil et lentement s’achève paradoxe de verre à la vitre effilée

·

et l’inquiétude alors persévère en mon être ce sphynx vouant à l’aube l’énigme déchiffrée

·

où se rend ma prière au creux de quelle oreille la persistance enfin et la force d’un chant

·

ce deuil d’une limite impossible à atteindre et l’idole sévère au bloc de bois taillé

·

aphrodite dit-on sinon fille du jour cette rame plantée prendra-t-elle racine

·

ébène dans l’ébène à l’angle élaboré la mesure pourtant où se noue toute chose

·

la mer dont le ressac d’argent sur le rivage éclaire les récifs comme des béliers blancs

·

ô thèbes thèbes sanctuaire à l’aurore je reviens sous tes murs desquels nul plus ne sort

·

suppliant singulier pleurant en cet asile vers cette extrémité qui n’est autre que moi

·

quand la lune ici-bas se tache de tristesse ainsi brûle une lampe à chaque souffle d’air

·

renvoyé à l’absent ce grand vase d’or sale comme une bouche ouverte à l’est écartelé

·

et si noire est la nuit ce carcan de ténèbres il pèse sur mon corps où l’oracle se perd

·

ces champs de citronniers dont le parfum exhale une pluie de soupirs dans le bleu-brun de l’eau

·

la voici qui revient thèbes aux vastes murailles sa grande aube rougie sous la flamme ployée

·

le jour fauve parvient de laine épaisse aux cendres et la voix peu à peu arquée et prête à rompre

·

les reins ceints de fatigue et plein d’humilité desservant des lueurs au grand portique blanc

·

quand peinent les chevaux ce roc une île immense la carcasse d’un temple de calcaire et de pluie

·

où bat le pavillon de mon âme attachée à quelle république debout sous quel soleil

·

ô cœurs coraux ardents ce tapis de fleurs mauves aux flancs d’une colline est-ce là ton trésor

·

et inutile encore et délaissé pourtant sur ces rives de bronze au choc des vagues nues

·

vents voix sang ô thèbes défaite dans le soir tes remparts et tes tours rongés d’obscurité

·

et de grands pans livides en des troupeaux sans nombre brillent dans les reflets où l’horizon se noie

THÈBES – 2021

limite au paysage

« Temple altar light »
Louis Zukofsky

α

sourde parole sourde mémoire sourde
lieux sourds côte barbelés
chanson drame mer tôles
vivante désemparée fouillée foulée en foule
gencives segment poreux fer fer ligne ligneux lignite effondrement bleu
bleu
bleu dense bleu ogival bleu ciel bleu
soleil ciel soleil
puissant silencieux ondulations rives
opaque permanent
soleil soleil permanent
sourde
sourde sourde sourdre
essorement
neige soleils soleils jeux
blanc disque blanc espacement arbres disque disque espacement arbres
soleil cris soleil soleil cris
aire
aire silencieuse
disque
soleil bruyant masques
masques masques figures masquées cris
cire
appels cris

β

ère
ère ère
tunnel matière tige os œuf
variables
pyramide tronc seiche
ère
frontière
esprit reins brume temps âcre esprit esprit fine marée tesson jour
ère ère lumière
feston braise
vaste vaste tumulte clameur ciel
ciel
coraux froide forêts enseveli
vert vert
pierre nuit chapeau pâleur grave
grève bande bande grève
arbre
haut cime son vaste
vaste vaste clameur intense ciel broie
ciel
nuage coquilles nuage esprit brume craie temps

γ

minerai
palmier palmier coquillage salpêtre
langue marée jour nuit effondrée creux
écume écume écume
écume blanc faible
tumulte éclat os galet os
pierre fumier figue don arbre
frêle jour filaments frêle
cercle
copeaux tégument ongles
lampe
pluie silence jour cris

δ

ciel ciel parole arbres
lourde mémoire lourde
arbres ciel sourd soleil chair
noir noir arbres marbre
parole fruits terre œil marbre
arbres arbres ronces arbres
rayonnant
abstrait
inapparents

ε

lame lame
huître fond bleu
or
vie
rêves
terre ciel trêve
terre terre mica myrte don lèpre
ployant progressif décidé seule
pleuve pleuve feux feux foyer feux
arbre arbre mythe
arbre
nerf nervures nervuré éléments nerfs liquide ligaments froid
dents pluie ère dents dents pluie frêle lèvres fraîche
pelage coton mastiquant creux
flèches flèches pelage air flèches
âpre sèche rêche
nerfs
élastique puissant corde corps cornes
médian fleuve fleuve fleuve
ouest corbeaux ouest ouest corbeaux
écru jusqu’au point âcre
écorce suie sienne ton ce
ouest ouest osseux os tesson os oignon os os tesson vaste
herbe
simple ossature éphémère
herbe
étoile
verte feux sac
vitre vitre bûche plomb cône
creux évasé souple

ζ

grain pures
pures grain pures
lumière
axe cerf corde
prairie
citernes tronc soleil
œil

η

chambre cippe tombe
oblong pilier pile
fracas fleuve fracas fracas fleuve
splendeurs tertre étendue
tertre
tertre puissant
tertre terre terre hêtre
incidence écho lumière cependant houle
écueil
oreille nerfs fissuré nœuds
segment segment segment sureau cœur peuplier larmes
menthe menthe bord brousse
col
éclat
enneigé bleui silencieux

θ

ondée onde ombre décombres
ligne ligne talus courbe fil nombre
albumine
soleil mimosa roches

ι

os écorce os pâle
noir maigre bloc noir
aigre aigre règle
temple chêne flamme fil droit
aile fosse fougères fosse fourche fougères
fuit fuit dimension huile
graminées ambre
ambre ambre graminées ambre
ambre ambre ruisselant marbre
gerce
cendre
pommelle
emmuré bleue

κ

lézard blonds
blonds
lézard blonds

λ

JE CRIE :
haute voix haute
JE CRIE :
haute voix haute
JE CRIE :
haute voix haute

μ

disperse éparpille disperse disperse éparpille fuit fait
faisceau fait
fait fait faisceau
frêle froide puissante
flamme flamme
flanc
acéré délicat orbe don sale
herbe herbe
splendeur abîme front masse
os mouvement matière os os mouvement
entier
dents scie cône mer son
site site cible
èbre èbre ténèbres
trois front fer
os os tempe
tempe tempe temple graminées cible son masse
faisceau bœufs bœufs faisceau
bœufs bœufs faisceau frange
le je me
écrin limon limoneux membre
maigre
fèves fruits eux

ν

obscur obscurité noir nuit fertile fer feu vitesse ongle ongle glace fémur bâton bâtiment nacre poussière laine poussière gemme gemmes gémellité raide maigre désemparé traces restes lobe draps constellation aube sillons signe signaux ivoire chevelure crabe sel fer strates strates sillons paroi ciel feux face face mammifères face facette ardent biseautées bleu branche plaine saillie flammes figure flammes flammes figure cheval cheval chevaux ossature soc stèles

ξ

elle
elle elle
améthyste hangar anguille poutres poutrelles
stries lames
bâtons bâtons cônes corps coutures
cône corne
courroies

ο

troc
ocre
ocre
nacre
perle
pont
corde
cordeau
cordon
sommeil
sommeil
clos
parcelle
têtes
orage
orageux
opaque
orge
orge
orage
ogre
orge
gorge
stries
lampes
sporadique
étêtés
intestins

π

vertèbres visage
monolithe

ρ

têtes sardines soleil globes
nasse
boucle boucle vitre musc
grillage grille grille treille
visage hanche soleil
clef
soleil soleil socle champs
noix sel suc
ôte ôte flaques
sable
pluie
clair
fin

σ

chant
écho voix écho
souple

τ

bleu / par-
nuit / sème
dense / plage

éclair / trêve
vivan- / cœur
te nue / vient

υ

étoile fleur cheval

φ

azur brosse brousse broussaille
lieu clair lieu distant lieu
puissant puissant lieu
éclat tesson
lieu
rouge cube rouge amande écartelé
torche torche céréales béton
noir
poteau
noir noir poteau
statues perle pont feuille
immobile close
cosse cosse
monumental précipité stellaire
lieu clair lieu puissant
lieu
flamme décembre obscurci
flamme flammes diamant
flammes
immobile dépossédé
lustrales

χ

ondine cadavre insecte neige bleu bleuissant bleu bleu bleuissant cuivre doux ciel soc seul seuil seuil image nuée nuée nue seuil volée oiseaux ondes

grésil disparate épaisseur ténèbres grésil consolidé rives rive rivière œil son simple citadelle silence vague vague plomb pollen source

crête plume pluie cimes bûcher bûcher peuple plomb feu cadre cadre clarté verdeur âcre haut peuplier haut pâle pelure cécité pollen pourpre

index herbage index pyramides cône tronc seul mélodie stuc feuillage nuages nuage nuageux nues

ardent pourpier gouffre lisière violet violet violet cobalt feu

été eaux étés tranchant copeaux fils

ψ

vert grillage vert vigne vert aurifère vert vert
vert
troène vert butte falaises eucalyptus
vert fumée vert ajonc vert rouille vert barbelé
vert lisière vert
acacia vert silence
urine montagne troupeaux
verdeur âcre
colline acier suie
vert fourneaux mûriers buissons
serpents verts
gaine farine équarris désemparé
vert
aube

ω

portique
porte
portillon
fronton
colosse
temple

LIMITE AU PAYSAGE – 2021

sonnet n°II

J’avance — à présent — mais ce ne sont ni les pentes du Pélion, ni les contreforts du Taygète — peut-être la Néda ? Sans doute, ce grand temple d’Apollon tel qu’en ce jour une vaste structure le couvre (comme un chapiteau, une tente, et dont il semble l’ossature en quelque sorte).

Il y a cette palpitation du silence — partout dans l’air. Tu te tiens près de moi et tu goûtes à cette solitude des dieux. Le marbre — ou, du moins, sa douceur a quelque chose de vivant. Autour : blocs descellés, fûts, plinthes éparpillées — jeu de cubes.

Nous voilà désormais ici, à ce lieu du temps.

ÉLÉMENTS – 2019

poésie sans recueil (2)

Les racines des mots

non comme un exercice abstrait

mais une évocation

Ici

la fosse même du savoir et des gestes simples

répétés —

·

La lune croît sur l’horizon faible

Où est mon pays ?

·

J’ouvre le temps

une fleur déployée dans la lumière absente

le monde, l’image du monde

autour de cela

Et dans ce temps ouvert

que déposer ?

·

Rives de l’existence

délaissées

où meurent d’étranges poissons

comme

ceux des fleuves allant à la mer Morte

POÉSIE SANS RECUEIL – 2020

cheval trajet parisien

un cheval

il court

seul

sans cavalier

·

depuis l’avenue marigny et l’avenue gabriel

il court

jusqu’à concorde

dévie

et prend les quais

avalant

d’abord les tuileries puis françois mitterrand

il tourne

à hauteur de l’hôtel de ville

et s’engage

dans rivoli à contresens

·

galopant

sans souci

des véhicules

des piétons ou

des feux

ni même

de la force publique

à laquelle pourtant il appartient

·

et achève sa course à l’angle de saint-antoine et de la rue saint-paul

CHEVAL TRAJET PARISIEN – 2020

μυθολογία

Βλέπω αυτή τη μάσκα στην οποία αναγνωρίζω το αδύνατο ακόμη και να αναγνωριστεί

Βλέπω αυτά τα χέρια στο πρόσωπο (ανοιχτές παλάμες)

Το αγαλμάτινο βλέμμα τους

Γιατί να θυμάσαι;

ΜΥΘΟΛΟΓΙΑ – 2020