garibaldi

synopsis

le dix-huit février deux mille neuf vers onze heures trente un cheval de la garde républicaine répondant au doux nom de garibaldi s’effraye jette son cavalier à terre et se lance dans une course de plusieurs kilomètres à travers paris étonné

*

cheval trajet parisien

Un cheval. Il court. Seul, sans cavalier. Depuis l’avenue Marigny et l’avenue Gabriel. Il court jusqu’à Concorde, dévie et prend les quais, avalant d’abord les Tuileries puis François Mitterrand. Il tourne à hauteur de l’Hôtel de Ville et s’engage dans Rivoli à contresens, galopant sans souci des véhicules, des piétons ou des feux, ni même de la force publique à laquelle pourtant il appartient — et achève sa course à l’angle de Saint-Antoine et de la rue Saint-Paul.

*

garibaldi


je rêve à ce cheval échappé dans paris à cette masse folle lancée dans l’entreprise la plus poétique qui soit
il est à la fois la métaphore et le réel
dans ce crépuscule imbécile dont nous avons pétri nos vies ce grésil peut-être autant que s’y superpose
le centaure de lonely are the brave
peut-il y avoir d’autre image encore
d’un éden perdu sauvage
et mystérieux

*

réfléchissant

la peau entre les soleils et deux doigts posés sur la nuque fléchis où demeure le reste l’étendue vaste à l’horizon

·

ce mouvement du rêve par lequel

ce mouvement du rêve par lequel le rêve présente lui-même un miroir lac mais comment sortir de ce labyrinthe

·

dix-huit zéro deux deux mille neuf

cheval échappé à l’angle alors d’un tel deux trois pour autant contraire et galope les sangles trottoirs peu avant dévie

·

l’étoffe du matin

l’étoffe du matin livide et fraîche l’absence de sommeil l’attente vers où sinon une clarté radieuse cet épuisement intérieur et la fatigue comme une seconde peau s’en dévêtir

·

puissance à l’autre poème

puissance à l’autre poème celui du cheval seul je m’absente de moi tout autant au spectacle duquel et rêve enfin à des statues équestres

·

l’effroi massif d’un cheval sa course muscle à muscle déliée sinon où

·

le rempart coupé de soleil

le rempart coupé de soleil haleine fraîche gorgée du sel des matins bruns

·

la ville gris perle

la ville gris perle dans sa robe bruyante brouillard fleuve clignotements ceinture dénouée

·

mythologie

je regarde ce masque dans lequel je reconnais l’impossible même à reconnaître je regarde ces mains posées sur le visage paumes ouvertes et non dos leur regard de statue
pourquoi se rappeler

·

noirs

les arbres noirs défilent dans paris dévoré d’ennui
arbre noir arbre noir arbre noir arbre noir s’intercalant à
quant à moi je songe au poème de keats tout pèse stupidement noir
et gris
paris avec sa seine noire arbres quais
tout terne ou sinon cet éclair

·

le visage impassible que nous offrent les faits

ce mutisme en réalité ou le visage impassible que nous offrent les faits
(

cela qu’il nous appartient d’élucider peut-être

·

dans l’aube silencieuse et secrète

se déporter et rêver
avec la nuit qui s’affaisse
dans l’aube silencieuse et secrète marchant vers nulle destination

·

les voici, les chevaux d’hermès les grands

la voix rouge qui part et atteint son objet qui la porte quel soleil étreint son ventre cette poussière d’or

les voici, les chevaux d’hermès les grands avec leurs os et leurs sabots de marbre leurs flancs lavés leurs têtes battant le silence

la voix rouge en pluie de mots s’enfonçant dans la terre DES DENTS

·

frange délimitée aux abords d’un royaume de sueur

frange délimitée aux abords d’un royaume de sueur l’effort qui étreint tout

*

promontoires sur une mer absente

promontoires sur une mer absente pierres à l’espérance ficelle crayons cheveux le désir aussi mais tellement abstrait qu’il ne désire rien
sinon lui-même

·

cette frange du rêve par où parvient l’insaisissable

cette frange du rêve par où parvient l’insaisissable (sinon et pourtant

·

la flamme muette d’un feu

la flamme muette d’un feu les ombres parées crissent ifs et langues l’obscurité boit à la lumière penchée je dors je m’éveille je sors le sommeil environne tout

·

la porte brève où je m’attarde

la porte brève où je m’attarde cette grève du sens
le cours mystérieux des nuages
puissance de la parole

une balle entre les yeux

·

attente

la nuit roulée sur elle-même comme la longue pelure d’un fruit ce sentiment de l’espace plus que du temps épluché dans l’inutile
ce grand pan noir ou plutôt cette épaisseur sa densité la somme infinie de ses substances
ni peut-être ni pourquoi

·

cette architecture d’air et de silence

cette architecture d’air
et de silence
volumes simples
espérer à la venue du jour

·

squelette

gabarits d’os forts contraints à d’hypothétiques
dépassement
et la séparation

GARIBALDI – 2021