thèbes

les rêves nervurés par la pensée abstraite et s’offrant silencieux dans leur bain de clarté

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le jour revenant seul étendant sa limite depuis lui vers l’exact où sourd-t-il impuissant

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où la terre où le ciel où cette simple ligne augurale et secrète déliée dans le matin

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ployant sa tige frêle à cette extrémité l’ascèse verticale thèbes aux portes d’ombre

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qui dort en ce verger d’étranges sentiments nymphe à la parole devrons-nous mourir dans

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ces champs ni asphodèles ni quiétude ou l’espace démarquant sa limite et consumé de feu

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tout prend ici son seuil et lentement s’achève paradoxe de verre à la vitre effilée

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et l’inquiétude alors persévère en mon être ce sphynx vouant à l’aube l’énigme déchiffrée

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où se rend ma prière au creux de quelle oreille la persistance enfin et la force d’un chant

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ce deuil d’une limite impossible à atteindre et l’idole sévère au bloc de bois taillé

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aphrodite dit-on sinon fille du jour cette rame plantée prendra-t-elle racine

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ébène dans l’ébène à l’angle élaboré la mesure pourtant où se noue toute chose

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la mer dont le ressac d’argent sur le rivage éclaire les récifs comme des béliers blancs

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ô thèbes thèbes sanctuaire à l’aurore je reviens sous tes murs desquels nul plus ne sort

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suppliant singulier pleurant en cet asile vers cette extrémité qui n’est autre que moi

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quand la lune ici-bas se tache de tristesse ainsi brûle une lampe à chaque souffle d’air

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renvoyé à l’absent ce grand vase d’or sale comme une bouche ouverte à l’est écartelé

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et si noire est la nuit ce carcan de ténèbres il pèse sur mon corps où l’oracle se perd

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ces champs de citronniers dont le parfum exhale une pluie de soupirs dans le bleu-brun de l’eau

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la voici qui revient thèbes aux vastes murailles sa grande aube rougie sous la flamme ployée

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le jour fauve parvient de laine épaisse aux cendres et la voix peu à peu arquée et prête à rompre

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les reins ceints de fatigue et plein d’humilité desservant des lueurs au grand portique blanc

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quand peinent les chevaux ce roc une île immense la carcasse d’un temple de calcaire et de pluie

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où bat le pavillon de mon âme attachée à quelle république debout sous quel soleil

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ô cœurs coraux ardents ce tapis de fleurs mauves aux flancs d’une colline est-ce là ton trésor

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et inutile encore et délaissé pourtant sur ces rives de bronze au choc des vagues nues

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vents voix sang ô thèbes défaite dans le soir tes remparts et tes tours rongés d’obscurité

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et de grands pans livides en des troupeaux sans nombre brillent dans les reflets où l’horizon se noie

THÈBES – 2021