mai 2022 NUM2RO 0 supplément – A comme Acropole – the cavalcade 2021

UNDER THE EARTH BEHIND THE SKY IT HAPPENS AND IT HAPPENED DES QUATRE COINS DE L ÉDIFICE à l angle d azur / CE VIDE / D OÙ LA RAISON FUIT mais pour quelle rumeur à quel intermédiaire selon le cours de quel événement ces fragments déposés dont on ne décèle tout à fait le nombre ni le sens on dirait les états d un mouvement antérieurs puis postérieurs chacun touchant le sol au fur et à mesure / ce / roulement de tambour ce TONNERRE QUI VIENT (L AIR EST COMME EMPLI DE LA CHALEUR QUI TREMBLE) DANS CE DÉLUGE DE BOMBES à une quelconque station de métro UNDER THE EARTH ce monde souterrain depuis le plein ouest ce couchant ce mouvement rétrograde cette illumination qui embrase le ciel CE DÉLUGE DONC D ACIER ET DE FEU car c est là que tout débute et non aux flancs d un pentélique ABANDONNÉ UNDER THE EARTH AND BEHIND THE SKY this devastation the rude wasting of old time the breath and magnitude ces blocs à l espace ces ruines ce vaste (blancs) CASSANTS / CELA COMMENCE ET CELA / A COMMENCÉ où courent ils donc tous hors de la durée sinon seuls the wreath and the murmur of the time understanding and seasons WASTE and vastitude of antérieurs puis postérieurs postérieurs puis antérieurs ce roulement toujours / où / cette carrière ces flancs creusés taillés UNDER THE EARTH ces modules (MÊMES) alternant à la course de l espace son SEUIL marble lands with horsemen nude car c est bien de raison qu il s agit là cette houle des corps / pourquoi / et l on aura beau chercher comme à l horizon des pierres (DISQUES ÉTROITS PYRAMIDES TRONQUÉES VOLUMES NEUTRES) la signification de ce fatras désormais blême cette nudité de cadavre dont ils s enveloppent EUX mus par je ne sais quelle nécessité ce sommeil de mort dont nul ne se réveille MAIS CETTE RÊVERIE ENCORE dizzying pain of vastness ou cette méditation sur ce tombeau d écume crinières cette lente ondulation des vents et des marées des nuées alentours copeaux de calcaire éclats façonné d où émergent les têtes the rite of solomon s temple which age and the gold spring ON ENTEND à moins que ce ne soient les chapelets de bombes tombant sur la duveen gallery ou sur DRESDE les marteaux des tailleurs / KA KA KA KA / ou en rythme encore / KA HÉKA KA / ils frappent une brève une longue une brève une longue alternant eux aussi dans ces débris ce chantier ces blocs the path heads birds trees and clouds DANS L AZUR s effritant désormais feuille à feuille s y développant comme les chevaux de marey s entreformant pénétré (NÉBULEUX) cet achéloos d encolures et de croupes THUNDERHORSES with storm and pale and raged who has the palm / lives must die eventually passing to eternity and here everything tells me i must die the sun the shadow the sovereign sky all dying and dead FORMS OF TRUTH one fallen generation like flowers in a wheat field mown and thrown chapiteaux ébauchés fûts blocs échafaudages THE GROUND et ce bandeau de feu qui va auréolant une seule forme produite par elle même sciant heurtant frappant roulant le choc répété des sabots piaffant ces poitrails pétrifiés cabrant foulant la colline délitée / KA KA KA / tandis que martèlent les carriers débitant à gros blocs leurs tabliers farinés de marbre les fardiers & les bœufs la poussière des immeubles effondrés les sirènes figures mutilées SIGNE PUISSANT DU TEMPS émanant de la pierre y retournant dans ce londres / DÉVASTÉ PAR LES BOMBES / quand les anglais répétaient le discours de périclès sur la liberté et le poème de kipling encadré dans le bureau à vrilissia y est il toujours / ΑΥΤΟ ΞΕΚΙΝΑ ΚΑΙ ΑΥΤΟ ΞΕΚΙΝΗΣΕ ce lent mouvement par lequel tout émerge cette colonne de cavaliers dans la montagne cette répétition mécanique pareille à un méandre ou l épure terrible d un poème de ritsos αυτό ξεκινά και αυτό ξεκίνησε SIGNE PUISSANT DU TEMPS le collier de sommeil où s éteint le monde (RÉPÉTÉ) on dirait que le ciel a sombré ici bas les chevaux de phidias OÙ LES AS TU VU stiff white horses and yet white and white figures the sky above aegean depuis l extrémité de quel continent ces grandes formes pétrifiées cette combinaison de corps αυτό ξεκινά le ciel au dessus égéen ce galop veiné fissuré rongé à l acide ce galop de scies ce DÉMONTAGE ou alors construit on ce camp de baraques ce tas d échafaudages et de chapiteaux ces blocs dépareillés leur lit d attente face muette ce désespoir des pierres OÙ SE REPOSER / TO DIE / TO SLEEP and by a sleep to say we end NO MORE (MY SPIRIT IS SO WEAK) / mortality / TO DIE to sleep / PERHAPS TO DREAM / weighs heavily on me like unwilling sleep this play of FOR IN THAT SLEEP OF DEATH WHAT DREAMS MAY HAPPEN AGES the breath of history comme des langues d écume luisant à leurs robes lustrées le parcours mathématique d un corps et cette ruine quand bien même ou CET ENROULEMENT SYNCOPÉ in this grecian nightmare and / SORROW / by the front of the sky who has the palm which rider in these lands of desolation / WAR / DRAMES periodicity / REVOLUTIONS / and lost thrones PAR L ŒUVRE DU TEMPS ET LA RAGE DES HOMMES (DÉCOMPOSÉES) c est une pluie noire qui descend sur la terre sous cet horizon de tréteaux de planches de cordes et de poulies où les ouvriers peinent dessus les madriers cette sciure de pierre white horses with their shivering coats (STILL) and white MARMOREAN L échelle du temps sinon un kairos de marbre tout pèse sur moi ces quartiers de pierre bardés / L AHAN / des bêtes et des hommes ce sommeil des grands blocs étendus l ascension des masses tronquées dans leur gangue d azur mais quel ciel peut soutenir pareille charge et quel écho l emboîture à ses angles éclatés appesantit les coups (LA TÉNÈBRE / ENCORE) on great russel street temporary closed mais parle t on d un socrate musicien et quelle lyre ÉLÈVERAIT CES CORPS quels accords vibrent sinon les accents d un thrène chant funèbre de ces cheminées d ifs parsemant la colline elles brûlent plus que des cadavres et moins que des colonnes dans cette fournaise où le soleil lui même / CYMBALISE / je me souviens de ces grands chevaux tristes que la mer a lentement mâché & le petit cavalier de bronze du musée national d athènes that i d seen when i was a young boy & la montée vers l acropole à cette colline où l herbe stridente resplendit parmi les oliviers ces bœufs immaculés que l on mène là haut taureaux des sacrifices dalles immenses triglyphes linteaux majestueux comme on y hisse les pierres une porte soudain / SIMPLE RECTANGLE D AIR / dans ce dédale ou cette gigantomachie calcaire s il est des dieux n est ce point là NON EN CE TEMPLE mais en chaque bloc des / murs de soutènement chaque agrafe de plomb chaque entablement chaque fût chaque échine ou chaque cannelure ce silence que produit l intensité d un bleu de cobalt où tout cela se trempe i walk on among the night s black reeds one narrow line bends at cadaverous dawn / liminal place SOUNDS between bodies mais où se reposer / OTHER THAN IN DEATH / ces contreforts puissants que supportent ils ces murailles blanchies et lustrées de sang SUIS JE LÀ parmi cette foule among these voices ces pierres éparpillées THIS DISASTER GRILLE DE MARBRE SOUTENANT LE CIEL démembrée (DANS L ÉPAISSEUR DES VENTS) ce galop de vertèbres cette répétition de mains de pieds de têtes profils brisés heurtés le délié DES DÉCOUPURES disjected horses stamping the ground under stonying sky as far as THE BLEND massive oxen drawing and straining tandis qu œuvrent les architectes ictinos callicratès phidias AND MOROSINI les crieurs d ordres claquent les noirs bandeaux les drapeaux à l acropole décrochés battant les tombeaux ET TOUT CELA CARACOLE SOUS LA MASSE PORTÉ PAR je ne sais quel rêve la victoire ou la mort sur les frontons / ON MARBLES / dépossédés LA VANITÉ de ces grandes carcasses ces têtes osseuses PIERREUX frappant l air vide sinon car s agit il d autre chose en définitive lorsque le degas des panathénées écrit UN SONNET à l en creux des moulures et des plâtres coquilles à l ardeur des ténèbres ou à la vacance d un être sacrifié au matin suis je cela silencieux dans ce chaos de râpes de pointes et de ciseaux TOUT PARLE À CET INSTANT ce murmure des pierres / TOUT CRIE / ces blocs et ces rochers dont on a fait le témoignage des vivants & des MORTS entassés pèle mêle en charnier ou trophée cet ossuaire blanchi L / IMMOLATION D UN SOLEIL DE MARBRE AU FRONT D UNE VICTIME / la mer & la victoire et cette chair pétrie au silence du jour ce paradoxe aussi d une figure s éternisant lorsque tout disparaît ce flot enfin qui bat la rive d un golfe clair / SALAMINE / aussi bien cet effort cette tension rivetée de muscles de tendons et d os où rien n atteint telle perfection que la coiffure des hôtesses d aegean airlines (ET JE RÊVE ENCORE) environné de temps retiré moi même à l impondérable ou la clarté inopérante indéfinie peut être masses leviers pics taillants et burins ces courroies ces cordes et tout cet appareil de planches la poussière encore qui habite les bouches bleuies η πατρίδα και βελόνες πεύκου στις πλαγιές του πηλίου la patrie OUI et la cadence souple des rameurs cette nef vaste et blanche / SALAMINE / toujours l écume du soleil et les gouttes piquant la bordure nacrée des chlamydes fragments numérotés (UNE NIKÈ PEUT ÊTRE) la cohue des touristes déposés aux rives DE LA LIBERTÉ ou massés là dans cet entassement inerte de pierres de blocs & de gravats érigés à la faveur de je ne sais quelle IDÉE inertes eux même à ce spectacle ce cheptel ou ce bétail humain cette litanie cette babel bruyante LORSQUE les heinkel et les junkers pleuvaient sur londres les stukas comme des faucons plongeant en piqué à cette heure enfin le sang les larmes et la sueur des corps barbouillés de cendre et de craie / LA BATAILLE DE LONDRES DÉJÀ / les cadavres démembrés des statues parmi les façades charbonnées la grande nuit de suie aux abords d un sanctuaire sinon cet abattoir des éclairs cinglent le ciel AU SOMMEIL EFFONDRÉ les jarrets cédant et ployant sous le poids des lourdes carcasses les bêtes agenouillées meuglant les fanons englués les viscères et la merde et l odeur écœurante et tiède des estomacs tout cela cette bouillie d os et de peaux et de cornes et de mouches (DÉPOUILLES SANGLANTES) DES HÉROS TOMBÉS à cette heure TARDIVE / ΟΧΙ / είπε et le ressac puissant qui porte tout cela / ΟΙ ΜΑΧΗΤΕΣ ΤΗΣ ΕΛΕΥΘΕΡΙΑΣ / quand freyberg et mackay songèrent alors et vasey νύχτα των θερμοπυλών κάτω απ το αιματηρό πέπλο σου AND CRETE DEAD ON TIME & les grandes panthères du palais de pylos les fleurs & les ibis les roseaux et schliemann et bakst et ventris et les masques d or martelé des rois de l ancien temps (OFFRANDES DE MIEL) και αρωματικών ελαίων & les bœufs les porcs & les moutons sacrifiés / LE CORTÈGE DU TEMPS AUX AILES DÉPLOYÉES / ils passent ces chevaux raides têtes hautes piaffant et tressaillant sous leurs robes de marbre κι εδώ ΣΚΕΦΤΟΜΑΙ μπροστά σ αυτούς τους τοίχους εκ των οποίων υπάρχουν μόνο οι βάσεις ΠΕΤΡΕΣ ΛΕΥΚΕΣ ΠΕΤΡΕΣ η σιωπή ανάμεσα στα ξερά χόρτα dans ce crépuscule de colonnes et d architraves and i cannot fiddle SURE he said but i can make a great state from a little city & GORDON PACHA & / SOLON / et les sept sages et tout cet équipage de chèvres de tambours de câbles de treuils de machines de palans de poulies de leviers cette procession (DE PIERRES) / ΗΛΙΕ / ω εσύ μεγάλε ήλιε που ρίχνεις το φως σου στους ζωντανούς / OUI TOI SOLEIL / AUX ESCALIERS DE KARTHOUM et les marches que télémaque foula lorsque les princes menaient encore la charrue et les dictateurs & qu αλεξ dansait sur sa terrasse parmi les clochers clairs et le soir bleu / Ω ΗΛΙΕ ΤΩΝ ΖΩΝΤΑΝΩΝ ΚΑΙ ΤΩΝ ΠΕΘΑΜΕΝΩΝ / & l air le plus pur vissé à la hampe des arbres claquant ainsi que des drapeaux la grille du silence à la porte trouée (BOIT LE JOUR) un cœur et les noyaux de pêche (OU) peut être sinon & l odeur âcre entêtante et profonde épaisse (DES ÉCURIES) comme une tranche grasse & le choc puissant des sabots / KA KA KA KA / striant bruissant griffant et matérialisant les lignes d un espace fini divisé enclos ce manège sa profondeur où rêver où dormir à l étrange lieu l algèbre d un nuage et la froide comparaison πού να ονειρεύεσαι πού να κοιμάσαι στον περίεργο χώρο cette ferveur des vagues offertes à poséidon ce grand tremblement / l épaule de marbre d un héros / je passai dans le rugissement du temps absent à tout cela / Ô DIEUX DIVINITÉS SOURDES QUI UN JOUR AVEZ LEVÉ CES BARAQUES DE PIERRES CE PARC À BESTIAUX CETTE EXCAVATION CE PORTIQUE TOUTE CETTE GRANDEUR FROIDE ET DÉSORDONNÉE

mai 2022 NUM2RO 0 – A comme Archiloque

<Regarde cette échine d’âne ! C’est l’île, oui, avec sa houppe d’arbres.>
Archiloque, Trimètres (fragment 17, traduction CH)

édito :

nostalgie
la nostalgie est un état

albanie
l’albanie est un état

et le reste
le reste est le reste
(wittgenstein n’a pas déjà dit ça point d’interrogation)

sommaire

AC /// édito
C HENRI /// exercices de respiration (extraits) /// AC / CH interview-minute
J ARDIÈ /// poème 1
P DARIEN /// île /// AC / PD interview-minute
J ARDIÈ /// poème 2
A SAUVAGE /// la misère et l’aventure /// AC / AS entretien
3773 /// polar (extrait)

exercices de respiration (extraits) 2022

enflent enflent · · · enflent · · · les cigales · · · enflent enflent enflent · · · enflent · · · enflent · · · enflent enflent · · · les cigales · · · enflent enflent enflent enflent · · · · · · · · · enflent enflent enflent enflent · · · · · · enflent · · · · · · les cigales · · · enflent · · · enflent enflent enflent enflent enflent enflent · · · enflent · · · · · · les cigales · · · enflent enflent enflent · · · les cigales · · · enflent · · · les cigales · · · enflent enflent · · · enflent · · · les cigales · · · enflent · · · les cigales · · · enflent enflent enflent · · · enflent · · · les cigales · · · enflent · · · enflent · · · les cigales · · · enflent enflent enflent · · · enflent · · · les cigales · · · enflent · · · les cigales · · · enflent · · · enflent enflent enflent enflent · · · · · · · · · · · · · · · · · · enflent · · · les cigales · · · · · · · · · · · · · · · enflent · · · · · · · · · · · · · · · les ciga · · · · · · les · · · · · · · · · · · · enflent · · · · · · · · · · · · enflent enflent · · · enflent · · · les · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · enflent les · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · cigales · · · · · · · · · · · · · · · · · · les · · · ci · · · · · · · · · · · · · · · · · · enflent enflent enflent enf · · · · · · · · · les cigales · · · · · · enflent · · · enflent · · · les cigales · · · enflent enflent enflent enflent enflent enflent

elles emplissent l’espace l’espace est emplit elles emplissent l’espace l’espace est emplit elles emplissent l’espace l’espace est emplit elles emplissent l’espace l’espace est emplit elles emplissent l’espace l’espace est emplit elles emplissent l’espace l’espace est emplit

elles emplissent le temps le temps est emplit elles emplissent le temps le temps est emplit elles emplissent le temps le temps est emplit elles emplissent le temps le temps est emplit elles emplissent le temps le temps est emplit elles emplissent le temps le temps est emplit

leur son emplit l’espace il enfle leur son emplit l’espace il enfle leur son emplit l’espace il enfle leur son emplit l’espace il enfle leur son emplit l’espace il enfle l’espace est emplit de leur son il enfle l’espace est emplit de leur son il enfle l’espace est emplit de leur son il enfle l’espace est emplit de leur son il enfle l’espace a enflé l’espace a désenflé l’espace a enflé l’espace a désenflé l’espace a enflé l’espace a désenflé l’espace a enflé l’espace a désenflé

[…]

leur son est un chant il sourd leur chant est un son il sourd leur son est un chant il sourd leur chant est un son il sourd leur son est un chant il sourd leur chant est un son il sourd leur son est un chant il sourd leur chant est un son il sourd leur son est un chant il sourd leur chant est un son il sourd

[]

des cigales des oiseaux des cigales des oiseaux des cigales des oiseaux des cigales des oiseaux des arbres des oiseaux des arbres des oiseaux des cigales des oiseaux des arbres des oiseaux des arbres des cigales des arbres des oiseaux des arbres des cigales des arbres des oiseaux des pierres des oiseaux des cigales des oiseaux des pierres des oiseaux des arbres des oiseaux des pierres des oiseaux des pierres des cigales des arbres des oiseaux des arbres des cigales des pierres des oiseaux des cigales des oiseaux des cigales des arbres des arbres des oiseaux

[…]

l’essence des cigales est la cymbalisation les cigales cymbalisent

l’espace le silence l’espace le silence l’espace le silence l’espace le silence l’espace le silence l’espace le silence l’espace le silence l’espace le silence l’espace le silence l’espace le silence l’espace le silence l’espace le silence l’espace le silence l’espace le silence l’espace le silence l’espace le silence l’espace le silence

le son

il faut respirer il faut inspirer il faut expirer dans l’inspiration il faut absorber il faut s’emplir il faut contraindre l’air à entrer à pénétrer dans les poumons à oxygéner le sang et partir depuis le cœur jusqu’aux artères et aux veines aux veinules aux radicelles qui sont à toutes les extrémités de notre corps et revenir puissamment vers le cœur et battre à nouveau et dans l’expiration il faut rejeter l’air à l’extérieur des poumons l’expulser le forcer à sortir se vider se dégager

[…]

moduler souffler moduler siffler moduler souffler moduler siffler moduler souffler moduler siffler moduler souffler moduler siffler moduler souffler moduler siffler moduler souffler moduler siffler moduler souffler moduler siffler moduler souffler moduler siffler moduler souffler moduler siffler moduler souffler moduler siffler moduler souffler moduler siffler moduler souffler moduler siffler

dans le ciel est le son

la cigale-signe

l’arbre

la cigale-son

dans le ciel est le son

l’herbe

verte

la cigale est le signe

bleue

dans le ciel est le son

bleu

la cigale est le signe

la cigale

-cygne

dans le ciel est le son

vert

dans le son est le signe

bleu

dans le vert est le son

la cigale-signe

son

la cigale est le son

vert

dans l’herbe est le son-

signe

la cigale est le vert

son

la cigale fait signe

vers

dans le ciel est le son

CYGNE

etc.

l’été le feu l’hiver la terre l’été le feu l’hiver la terre l’été le feu l’hiver la terre l’été le feu l’hiver la terre l’été le feu l’hiver la terre l’été le feu l’hiver la terre le feu l’hiver la terre l’été le feu l’hiver la terre l’été le feu

[…]

il faut inspirer il faut expirer il faut expirer il faut inspirer il faut respirer le son se forme dans les poumons il faut inspirer il faut expirer il faut expirer il faut inspirer il faut respirer le son est de l’air rejeté il faut respirer le son est de l’air frappé il faut respirer le son est de l’air mêlé il faut respirer le son est de l’air mêlé à l’air des poumons il est de l’air mêlé au son il faut respirer le son est de l’air coloré il faut respirer il faut inspirer il faut expirer il faut expirer il faut inspirer il faut extirper il faut extirper le son l’ôter il faut produire le mouvement par lequel le son est formé-rejeté il faut frotter la membrane du son aile à aile il faut inspirer il faut expirer il faut expirer il faut inspirer il faut respirer il faut il faut prendre une grande inspiration et rejeter le son il faut expirer il faut rendre l’inspiration à son expiration il faut extirper il faut inspirer il faut expirer il faut expirer il faut inspirer il faut respirer il faut respirer le son à pleins poumons s’ouvrir laisser entrer il faut aspirer il faut produire un son il faut aspirer il faut réduire il faut aspirer il faut produire il faut aspirer il faut réduire il faut aspirer il faut réduire l’air à n’être plus qu’un son il faut aspirer il faut affûter la membrane du poumon et feuler l’air il faut étaler il faut étaler le son depuis l’intérieur jusqu’à l’extérieur il faut le dérouler il faut il faut inspirer il faut expirer il faut expirer il faut inspirer il faut respirer il faut inspirer il faut expirer il faut expirer il faut inspirer il faut respirer il faut inspirer il faut expirer il faut expirer il faut inspirer il faut respirer il faut expirer il faut inspirer il faut inspirer il faut expirer il faut expirer il faut inspirer il faut inspirer il faut expirer il faut expirer il faut inspirer il faut inspirer il faut expirer il faut expirer il faut inspirer il faut inspirer il faut expirer il faut

il faut se saisir de l’inspiration il faut respirer il faut se saisir de l’inspiration il faut respirer il faut se saisir de l’inspiration il faut respirer

AC / CH interview-minute

AC Bonjour Claude. Tout d’abord, je suis très heureux, nous sommes très heureux, de t’accueillir dans la revue, d’ouvrir ce numéro 0 de BNE par des extraits d’exercices. Je suis frappé, tout d’abord, par cet aspect de répétition, de variation, de mantra, en fait. Ce sont des prières. Et puis, quand tu nous l’as lu, tout à l’heure, les ruptures, les blancs, les interruptions. Au moment où la formule perd son sens, s’épuise, elle change.

CH Oui, ça pourrait poursuivre des heures, mais là n’est pas l’intérêt. Ce qui m’intéressait, avant tout, c’est la relation durée-intensité-espace, oui comment le son devient spatial, comment il circule dans l’espace. Comment il cesse d’un coup, reprend ailleurs, varie. C’est le chant des cigales, et puis, la métaphore, aussi.

AC C’est-à-dire ?

CH Le poète. Le poète comme cigale. Un être inadapté, précaire. Il naît, il chante, il meurt. Il est tout entier dans son chant. L’épuisement, tu l’as dit tout à l’heure…

AC Et puis, il y a l’homophonie, l’incertitude phonique. Tu parlais de durée, de relations spatiales. Il n’y a pas d’extrait ici, mais dans le recueil, il y a cette relation chant-champ.

CH Oui, champ de forces aussi, ça m’intéresse beaucoup.

AC À la fin, tu dis, je te cite : <je traverse ce champ, je traverse son étendue, je le parcours, je mesure, non pas ce champ, mais mon travail à sa propre étendue / je fais de ce champ ma propre étendue, je m’étends>. On pourrait, enfin, j’entendais moi : <je traverse ce chant, je traverse son étendue, je le parcours, je mesure, non pas ce chant, mais mon travail à sa propre étendue / je fais de ce chant ma propre étendue, je m’étends>.

CH C’est comme se draper dans sa dignité.

AC Sa dignité ?

CH Oui, la pourpre des sénateurs.

île 2022

<ἥδε δ᾽ ὥστ᾿ ὄνου ῥάχις
ἕστηκεν ὕλης ἀγρίης ἐπιστεφής>
᾽Αρχίλοχος ὁ Πάριος

·

on parle d’une île

on, un locuteur, qui ?

on parle depuis une île, on parle depuis l’horizon

on parle d’horizon

c’est une voix

la voix dit : l’île apparaît

l’île est boisée (< avec sa couronne de bois sauvages >)

l’île est surmontée de collines

ces collines, cet horizon de collines est comparé (en tant que comparable) à une échine d’âne

on compare l’âne (l’échine) aux collines (le sommet de l’île), par retour

cette comparaison est éclairante

des ânes broutent dans un pré

ce pré est pentu (de même, ardu, reclus, appendu)

cette pente est un versant de colline

les collines sont en pente

les collines sont versatiles (de surcroît)

les collines se découpent sur le ciel

cette découpe est horizon

c’est l’horizon (quelque chose de couché là-bas)

l’horizon est cette échine d’âne taillée dans la part du ciel

(un morceau de choix)

coupé

pourrissant (cette fois mâchoire, soleil mâché, magma)

un horizon harassé (chiffonné, fourbu)

tanné de lumière, de soleil (de clarté nocturne ?)

(un soleil asinien)

ces collines nous parlent

ce sont elles, cette fois, le locuteur (donc, les locutrices : horizon mamelu)

(polyphonie)

(une colline de soleil)

la colline parle

la forme de la colline est parlante

elle nous parle d’une échine d’âne

elle s’échine à nous parler (quand bien même nous ferions semblant de ne pas entendre)

de quoi ?

(ânonne-t-elle ?)

(serpente-t-elle ?)

(luit-elle au soleil indifférent ?)

de sa forme-échine (âne)

on pourrait parler d’autre chose, mais on parle de ça

on (toujours)

qui ?

ces mêmes locutrices ou d’autres ?

la locutrice colline, ce lieu à partir duquel ça parle

ça parle encore (ça ne cesse jamais de parler)

de quoi ? d’âne, de collines, d’échine, de soleil, de miel, de thym, de grillades

la colline, telle une échine

(d’âne, suspendue)

(peau, pelisse, guenille, loque, pendeloque, etc.)

elle s’élève depuis la mer

on parle depuis une colline qui parle depuis la mer

la mer parle

c’est une langue salée

c’est la langue d’un poète

sa langue est salace

elle n’est pas verte (c’est une verve grise)

une lagune flottant dans la mer des mots

il parle depuis là : le lieu du locuteur (cette île)

une île de mots

une île-absence

une île décrochée d’un continent dont elle n’a plus le souvenir (la mémoire)

qu’elle ignore (qu’elle abhorre)

dont elle ne veut se rappeler

une île apparaissant comme lieu d’énonciation, donc (dénonçant le procès du sujet)

(au plus près)

(localisable, assignable, assujettie)

l’énonciation-apparition

l’apparition de l’île (le lieu), dans le moment de son énonciation (le mot-île)

(conjointement, sa disparition)

le véhicule est l’âne

j’ânonne l’île

grise (somptueux récif dans la mer d’argent [barré])

davantage que verte

avec sa colline dressée (adressée)

contre le ciel

pan (non lumineux, numineux peut-être)

c’est une colline poétique (forme de mots) assise

sur une île tout aussi poétique (échine, vertèbres, dentelures)

où broutent poétiquement des ânes

(gris eux-mêmes, ânonnant l’herbe grise)

c’est un ciel (grisant)

c’est une mer (grisâtre)

c’est un poème (dégrisé)

·

le ciel à cet instant prend une teinte tout à fait sale

la teinte gris-âne

par laquelle l’île disparaît

(ce miracle insulaire)

(ce braiment coloré)

·

j’assiste à la disparition (et non, plus on assiste)

je me tiens sur son bord (je pourrais me tenir ailleurs, sur un pic du darien)

à l’horizon même où elle disparaît (en tant que colline, en tant qu’échine, en tant qu’âne)

j’enregistre le mouvement de sa disparition (le décréé, le désadvenu)

je suis l’horizon (c’est l’horizon qui parle)

je m’absorbe en moi-même (ciel, mer, île, etc., tout s’absorbe)

et, m’absorbant, je disparais comme horizon à mon tour

il n’en reste que des mots

le mot-âne

le mot-île

le mot-colline

le mot-ciel

le mot-on

(le non-mot)

etc., etc.

·

embrun embrun embrun embrume
amère parmi les embruns

·

l’apparition d’une île
la disparition du souvenir
le flux
l’âne
l’oscillation
l’apparition du souvenir
la disparition de l’âne
la colline
le moi
l’énonciation
l’apparition du souvenir
le flux
le vent
l’oscillation
la disparition de l’âne
l’apparition d’une colline
le moi
la fonction d’énonciation
la disparition du souvenir
l’apparition de l’âne
l’oscillation
la colline
les pins
la plage
l’île
sa disparition

·

cette île-temple cette île-soleil cette île-absence cette île-coordonnée

·

j’ordonne en moi les données immédiates de l’île

elles sont conscience

conscience de l’île en moi

solipsisme pur

l’île s’atteint ainsi dans la conscience

à travers elle (par-delà)

·

une ligne qui ondule, osseuse

ou ossifiée (calcification)

échine

(horizon)

sa masse (air, volumes d’air, aérienne, phénomènes gazeux)

son déploiement dans l’espace

sa vision

·

le clap-clap du moteur (sillage, écume, etc.)

·

l’approche

·

conscience de l’île (et île)

le mot-île

la coïncidence

le rapport

la coïncidence comme rapport de l’île au mot

la conscience comme le lieu de ce rapport

je fais advenir le mot-île

il tient dans le langage

avec sa colline boisée

son échine d’âne

·

silhouettant sur la mer

·

plages, prés, pentes

·

·

l’île est un prétexte

·

la métaphore de l’âne est un transport

·

marchandises, transferts, frais de douane, opérations du langage (tangage), transformations

cécité de l’île qui ne se perçoit pas elle-même (ne s’envisage pas plus)

sa forme d’âne (adossée au ciel)

un silence

·

constance de l’île dans son apparition-disparition (bloc d’être)

mouvement des vagues

roulis

·

PRIÈRE

aucun homme est une île aucune île est un homme
aucun homme est une île aucune île est un homme
aucun homme est une île aucune île est un homme

le nom-île le nom-homme
le nom-île le nom-homme
le nom-île le nom-homme

nile nome
nile nome
nile nome
nile nome

·

l’île apparaît

(on pourrait gloser là-dessus, évanescence, etc.)

·

l’île comme moteur de connaissance

(l’âne est le véhicule)

·

échine hirsute par-dessus l’eau

(ligne d’horizon serpentant)

·

rideau de pluie

·

l’île apparaît

(apparition d’une apparition, monde des apparences, modes de l’apparaître)

·

l’île apparaît

(le clap-clap du moteur, ou le floc-floc, ou le ploc-ploc du bateau)

(l’eau)

·

barques de pêcheurs

(le locuteur est le sillage)

·

l’île apparaît

(j’ai depuis longtemps laissé derrière moi l’europe aux anciens parapets)

(je m’avance vers le nouveau)

·

l’île apparaît

(vision courte, stricte, dense)

(vision au ras de l’eau, au ras des pâquerettes, au ras du visible)

·

l’île apparaît

(presqu’île au conditionnel)

·

l’île apparaît

(l’âne est le locuteur, la locution est le moteur, le moteur a des ratés)

·

l’île des morts

l’île mystérieuse

l’île des bienheureux

l’île au trésor

l’île d’ithaque

l’île de verre

l’île déserte

l’île des enfants de khaledan

l’île noire

l’île de sancho

etc.

·

(peau d’âne)

·

l’île finit de s’atteindre, s’achève, termine son périple

l’île est à la croisée des chemins (dessinés sur l’eau, effacés aussitôt)

l’île est dans le clapotis qu’elle fait à elle-même

l’île est un braiment visible à la surface

(horizon échine horizon)

l᾽île est divisible

l’île est sans finalité (aucune), sans visée (propre)

pure apparition

·

l’île est augurale (elle annonce la mort des dieux)

·

l᾽île est graduelle

·

chiffon organique au-dessus du flot (chiffe)

·

l’île est conique

·

l’île est iconique

·

(troncature)

(boisée, rase)

flèche

représentation

je me représente l’apparition de l’île

dressée, redressée, adressée

dernier signe visible sur la mer du rien

je m’adresse à l’île

(je suis le locuteur, qui ?)

je disparais

(qui ?)

·

l’île se prend à son propre jeu et s’exécute

(un jeu de dupe)

·

je disparais

je m’incarne en l’île

(l’île ne peut être moi)

·

impossibilité

désir (infini du désir) rétrospection

rêve

·

matière

·

circonstances

·

ère

·

stances

·

île

·

lune sac aileron axe
succède

l’île apparaît apparition d’une île l’île disparaît disparition d’une île
l’âne est le locuteur l’âne est le véhicule l’âne est le locuteur l’âne est le véhicule
l’âne est le moteur l’île est le véhicule l’âne est le moteur l’île est le véhicule
la métaphore est un transport l’île est le véhicule
la colline est en débord l’île est le véhicule
la métaphore est un transport l’île est le véhicule
la colline est en débord l’île est le véhicule
la métaphore est en débord l’île est le véhicule
la colline est un transport la colline est le véhicule

la métaphore de l’île excède l’île (déborde)

l’île est transportée en découvrant la métaphore (joie)

le locuteur est dans la métaphore comme lieu

vecteur

·

la métaphore est la locutrice elle parle d’elle-même à la troisième personne en ce qu’elle n’est pas

(sinon désir)

(raffinement du désir, pétrole, etc.)

·

l’île est magique

cette apparition-disparition est un tour de passe-passe (méta mor phose) (digression)

compter

décompter

(cartes, apparitions, etc. < cette île n’apparaît sur aucune carte > ai-je écrit quelque part)

fortune, roue de la fortune, île au trésor

·

transposition

mimer l’apparition, levée de visible (à partir d’où ?)

(de la mer, de l’invisible, du néant, de la conscience)

(la lever sur quoi ?)

(sur la mer, sur l’invisible, sur le néant, sur la conscience, sur le nez de dieu)

·

courbure du temps, parallèle à la courbure de l’horizon

·

l’île (le rêve d’une île)

levant

couchant

vague

pluie

rochers

bleus

·

courbure du dos de l’âne (son échine)

il broute

(ne pas oublier la ligne serpentine)

(elle s’échine à serpenter = son mode d’être)

·

la pente

·

la pente est broutée par l’âne

non en tant que pente

mais en tant que support d’herbe pentu

les arbres, le gris

(le brun en vérité) (velléités) (coloration)

·

l’âne

grenu, égrené, égrenant (cassant la graine dans l᾽herbe grise)

grenier

·

(grenier à blé, meule, farine, roue, âne, roue de la fortune, pense-bête)

·

l’âne épelle (il n’ânonne pas)

(saumure d᾽âne, au passage d᾽un fleuve)

·

·

·

dissolution dans le possible (formes, masses, couleurs, contours, événements)

le reste

laissé à l᾽impossible

cependant

·

·

dans l᾽abécédaire, l᾽âne ouvre la marche et le zèbre la referme

AC / PD interview-minute

AC Bonjour Philippe, c’est d’abord ton poème qui a déterminé, sinon la thématique de ce premier numéro (en a-t-il vraiment une ?), du moins de le placer sous le patronage d’Archiloque.

PD Le dieu tutélaire ! En réalité, c’est presque un poème à quatre mains, puisque Claude, d’une certaine manière, y a participé (le poème en porte la marque !). C’est un travail collectif. Je suis très heureux de découvrir aujourd’hui sa traduction, brillante à mon sens, du fragment à partir duquel ce poème a été conçu.

AC Tu peux nous en dire un peu plus ?

PD C’est Claude qui m’a fait découvrir Archiloque. Je connaissais un peu Alcée, un peu Sappho, Homère, Hésiode. Je veux dire, pour les anciens. Dès que je l’ai lu et que je suis tombé sur ces vers extraits des Trimètres, j’ai été frappé, par cette image, l’île, l’échine d’âne, cette comparaison. Je marche beaucoup, un peu comme Kant, je crois (je ne sais pas si cela participait à l’écriture de ses livres). Là où je vis, il y a des collines, des ânes aussi (c’est la campagne, on en voit de plus en plus !). Tout cet hiver, en marchant, je regardais les collines tristes, avec leurs arbres nus, dépenaillés, et il m’était impossible de ne pas songer à cette image, elle se rappelait à moi tout le temps (c’est ce qu’on dit de la Sainte-Victoire et de Cézanne, on ne peut penser à l’un sans penser à l’autre). Alors j’ai écrit ce poème, un peu en marchant d’ailleurs. Un poème-souffle, comme dit Claude.

AC Tu veux rajouter quelque chose à ce mini interview ?

PD Oui, c’est une parole soufi, je crois. Elle dit que le seul respect que nous pouvons avoir pour les anciens, c’est d’ouvrir leurs tombes et de dépoussiérer leurs os. À ce sujet, la traduction que vient d’effectuer Claude me semble des plus respectueuses.

poème 2 2022

PAUL VALÉRY – matin du 15 mars

devant le musée / des cyprès massifs / taillés en colonnes doriques / (comme les arbres / les pierres) / temple infatigable / élevé à quelque divinité ? / OÙ / L’ESPRIT peut-être /mur denticulé de chapelles / IDOLES / et cet incipit / RIEN DE BEAU NE PEUT SE RÉSUMER

*

un fourgon arrive et décharge son contingent d’immigrés
des Africains ici
ils se rendent sur leur chantier
parmi les villas splendides
du mont Saint-Clair

la misère et l’aventure 2022

Il se nommait Archiloque. Il naquit à Paros, un bloc de marbre étincelant de la mer Égée. Il était le fils de Télésiclès, un aristocrate, et d’Énipo, qui était esclave. Il était bâtard ; à ce titre, il fut exclu de l’héritage. Il était pauvre. Il dut s’expatrier ; en amour, il ne fut pas plus heureux. Il aimait Néoboulé, la fille de Lycambe. Il se fiança ; les fiançailles furent rompues. Il en conçut toute sa vie une violente amertume. Il se répandit en injures et calomnies, telles <putain obèse> et <courtisane défraîchie>. Il fut qualifié d’ <Archiloque l’insulteur> par Pindare. Il arriva à Thasos, l’île boisée, poussé à l’exil par la misère ou les manœuvres politiques. Il n’aimait pas les figues, surtout celles de Paros qui sont tristes et peu goûteuses. Il accompagna les Thasiens dans leurs campagnes de Thrace, où il perdit d’ailleurs son bouclier. Il défendit de nombreuses fois sa nouvelle cité. Il était combatif. Il reprit la mer, invitant ses concitoyens à le suivre. Il voulait fonder une colonie plus équitable. Il se fit mercenaire. Il courut les mers et les pays. Il se battit contre des Eubéens qui n’usaient ni d’arcs ni de frondes mais préféraient l’épée et <sa besogne gémissante>. Il visita Sparte, comme la grande Grèce ; de la première, il fut ignominieusement chassé (bien que cela, rien ne l’atteste). Il mourut les armes à la main, sous les coups d’un Naxien qui s’appelait Corax, funeste présage !