AC / CH interview-minute

AC Bonjour Claude. Tout d’abord, je suis très heureux, nous sommes très heureux, de t’accueillir dans la revue, d’ouvrir ce numéro 0 de BNE par des extraits d’exercices. Je suis frappé, tout d’abord, par cet aspect de répétition, de variation, de mantra, en fait. Ce sont des prières. Et puis, quand tu nous l’as lu, tout à l’heure, les ruptures, les blancs, les interruptions. Au moment où la formule perd son sens, s’épuise, elle change.

CH Oui, ça pourrait poursuivre des heures, mais là n’est pas l’intérêt. Ce qui m’intéressait, avant tout, c’est la relation durée-intensité-espace, oui comment le son devient spatial, comment il circule dans l’espace. Comment il cesse d’un coup, reprend ailleurs, varie. C’est le chant des cigales, et puis, la métaphore, aussi.

AC C’est-à-dire ?

CH Le poète. Le poète comme cigale. Un être inadapté, précaire. Il naît, il chante, il meurt. Il est tout entier dans son chant. L’épuisement, tu l’as dit tout à l’heure…

AC Et puis, il y a l’homophonie, l’incertitude phonique. Tu parlais de durée, de relations spatiales. Il n’y a pas d’extrait ici, mais dans le recueil, il y a cette relation chant-champ.

CH Oui, champ de force aussi, ça m’intéresse beaucoup.

AC À la fin, tu dis, je te cite : <je traverse ce champ, je traverse son étendue, je le parcours, je mesure, non pas ce champ, mais mon travail à sa propre étendue / je fais de ce champ ma propre étendue, je m’étends>. On pourrait, enfin, j’entendais moi : <je traverse ce chant, je traverse son étendue, je le parcours, je mesure, non pas ce chant, mais mon travail à sa propre étendue / je fais de ce chant ma propre étendue, je m’étends>.

CH C’est comme se draper dans sa dignité.

AC Sa dignité ?

CH Oui, la pourpre des sénateurs.